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La Coupe des robots footballeurs

14/06/2006 09h08, par LeFigaro.fr

Les meilleures équipes de robotique s'affrontent lors de la Robocup 2006. Dès 2050, l'objectif est de battre les Zidane de demain.

Les footballeurs n'ont qu'à bien se tenir, il ne leur reste que quarante-quatre ans avant de prendre une déculottée par onze robots. C'est en tout cas ce à quoi rêvent des dizaines de chercheurs réunis aujourd'hui à Brême, où débute l'édition 2006 de la Coupe du monde annuelle Robocup. Depuis quelques jours, des équipes de roboticiens du monde entier, de l'Iran jusqu'aux Etats-Unis, sont arrivées dans cette ville allemande pour les derniers échauffements de leurs troupes. Comme chaque année, les meilleurs universitaires viennent ainsi confronter avec le plus grand sérieux leurs derniers algorithmes ou leurs systèmes mécatroniques dernier cri. « C'est un excellent banc d'essai pour mesurer les progrès des roboticiens. C'est la seule compétition au plan mondial, les règles sont claires et la triche impossible », estime Vincent Hugel, fidèle participant à l'événement depuis 1998 pour l'université de Versailles.

Pour Ubbo Visser, organisateur de la compétition et docteur à l'université de Brême, le football offre le meilleur défi à la robotique : « C'est une situation très dynamique où les systèmes doivent réagir au millième de seconde près. Les robots travaillent aussi en temps réel, doivent être totalement autonomes tout en sachant coopérer avec leurs partenaires. En plus, ils sont opposés à des concurrents qui essaient de détruire leur stratégie. »

Pas étonnant donc que les recherches motivées par la Robocup trouvent ailleurs des applications. Robin Murphy, de l'université de South Florida, qui participe à l'épreuve, a ainsi expérimenté son robot dans la fouille des décombres du 11 septembre : il a trouvé sept corps. Les Allemands travaillent, eux, sur des applications d'inspection sous-marine.

Mais les fondateurs de la compétition brandissent avant tout leur objectif initial : opposer en 2050 une équipe de robots aux vainqueurs humains de la Coupe du monde. Pour Ubbo Visser, les progrès technologiques importants des dix dernières années et l'afflux de financements sur le sujet rendent l'aventure jouable. Quand même conscients de l'utopie, les chercheurs avancent par étapes en posant des règles de plus en plus réalistes. Le terrain perd petit à petit les balises qui aiguillaient les joueurs. Les quatre plots délimitant les coins du terrain et les panneaux fixant les touches ont disparu. La balle a perdu ses couleurs vives pour s'habiller de l'austère quadrillage noir et blanc. Les deux buts ne se distinguent plus par une couleur différente.

Onze ligues différentes ont aussi été créées pour spécialiser les objectifs de recherche. La catégorie petit et moyen gabarit oppose des robots à roulettes très vifs qui posent des problèmes d'ingénierie des systèmes. La ligue des chiens à quatre pattes se focalise sur la notion d'autonomie et de tactique qui impose des développements de logiciels complexes. Les équipes utilisent effectivement des robots commerciaux comme l'Aïbo produit par Sony, dont ils reprogramment l'intelligence.

Ces ligues s'approchent le plus des conditions de jeu classiques. Le football y est même en passe de devenir un sport collectif ! Cela n'étonnera pas le tifosi, mais, chez les robots, on découvre à peine le jeu collectif. Jusqu'ici, les robots athlètes des chercheurs ont surtout privilégié une stratégie simple : saisir le ballon et gagner le but. Lors des dernières éditions, les finalistes ont malgré tout amorcé des sortes de coopérations. « Ce ne sont pas vraiment des passes, mais, grâce à leurs liaisons Wi-Fi, les joueurs savent où se trouvent leurs partenaires et privilégient cette direction pour lancer la balle », explique Vincent Hugel.

La dernière génération de robots-joueurs devrait intégrer des raffinements supplémentaires comme repérer le partenaire le plus proche du but pour lui envoyer le ballon. Les plus petits robots ont même développé une nouvelle arme : outre les passes frontales, ils savent lober leurs adversaires avec des frappes en cloche.

20.000 euros pour une équipe
La ligue des robots-secouristes teste des qualités plus complètes, puisque les candidats doivent porter assistance à un joueur « blessé ». C'est-à-dire le repérer, se diriger en évitant les obstacles... Ils comprennent donc des outils de cartographie, des capteurs infrarouge, des micros, voire des truffes électroniques.

Mais la catégorie la plus ambitieuse préfigure, elle, les robots de 2050 : des humanoïdes d'apparence presque semblable aux Beckham et autres Barthez, la tête moins gonflée quand même. Ils sont bipèdes, ont les mêmes capteurs que nous et possèdent même des bras. Aucun risque pour eux de faire une main car le ballon ne connaît pas encore la troisième dimension. Leurs performances sont lentes et leurs déplacements besogneux, les chercheurs impliqués dans cette catégorie visant surtout à améliorer les qualités mécaniques. « La difficulté de ces robots, c'est leur équilibre et leur masse. Une année a vu un concurrent de plus de 2 mètres tellement lourd qu'un de ses moteurs a grillé sur place », se souvient en riant Ubbo Visser. Les équipes misent désormais sur des modèles plus petits, de taille enfantine, mais impliquant tout de même plus d'une vingtaine de moteurs. Les capteurs embarqués sont du coup limités à une caméra. La ligue se joue pour le moment à deux contre deux, l'option de faire jouer cette année des équipes de trios a finalement été annulée.

Car ces nouveaux formats de jeu posent surtout un problème financier aux petites équipes. Victorieux en 1999, le laboratoire de Robotique de Versailles a quitté les quarts de finale en 2001, puis peu à peu perdu pied, jusqu'à annuler sa venue cette année. « Il faut maintenant de gros soutiens que nous n'avons pas en France. Les meilleures équipes consacrent une dizaine de personnes tout au long de l'année. A 2.000 euros le robot, l'équipe de 11 joueurs coûte aussi cher », regrette Vincent Hugel. Il faut ainsi jusqu'à 20.000 euros pour monter la moindre équipe. L'Allemagne demeure en Europe le pays le plus mobilisé sur le sujet, grâce à un programme fédéral qui finance 13 laboratoires. Pour Vincent Hugel, c'est aussi le manque de savoir-faire français en technologie qui est en cause.

Les Français restent surtout compétitifs dans les sciences cognitives, plus fondamentales. Une seule équipe représentera donc la France, celle de Peter Dominey du CNRS Lyon. Elle n'alignera pas de joueurs dans un match, mais un prototype dans une nouvelle épreuve de la Robocup qui n'a rien à voir avec le foot. Les organisateurs ont voulu cette année motiver les laboratoires vers les systèmes domotiques, premier débouché commercial des robots comme le montre le succès des aspirateurs intelligents ou du chien Aïbo. Les prétendants devront aligner à Brême un robot capable de se mouvoir dans une pièce et de suivre les ordres d'un humain pendant cinq minutes ou de manipuler un objet comme une canette dans un frigo.

Cette année, l'équipe allemande a peu d'espoirs de remporter la Coupe comme les deux années précédentes. « En 2005, nous avions gagné avec de la chance aux tirs au but après un nul à 2-2 contre une équipe australienne. Ce sera plus difficile cette année, car nous avons diffusé nos codes informatiques gagnants et tout le monde les a repris », sourit le chercheur de Brême.

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